D'hier à aujourd'hui


Texte composé par Yolande Allaire-Roux

 

Lorsque je suis arrivée à Saint-Pierre-les-Becquets il y a une quarantaine d'années, je ne connaissais de ce village, que les délicieuses tomates que ma mère achetait au marché aux denrées de Trois-Rivières!.. et mon mari Louis-Pierre Roux, issu de la septième génération d'une vieille famille du coin, les ROUX.

Petit à petit, j'appris que ces falaises en terrasses sur le fleuve avaient été concédées en 1672 à un notaire de Québec, ROMAIN BECQUET. Cette année-là, le roi Louis XIV avait accordé en cette Nouvelle France, près de cinquante territoires appelées seigneuries, à des gens dont les mérites avaient été reconnus soit en France comme loyaux sujets de sa majesté, ou ici, en ces terres le long du grand fleuve Saint-Laurent.

Romain Becquet était un notaire qui avait paraphé quantité de documents concernant les premiers colons de la côte de Beaupré ou de l'Ile d'Orléans. Presque chaque famille de la périphérie de Québec peut retracer sa haute signature au bas de leurs documents anciens. Le fonds d'archives de Romain Becquet est l'un des plus considérables des débuts de la colonie à être conservé aux Archives Nationales. En 1672, la population comprend environ 18 000 individus.

Romain Becquet meurt assez jeune, en 1682. Il a 45 ans. Sa fille Catherine-Angélique reprend ses titres, et n'a que 13 ans lorsqu'elle épouse Louis Levrard, un canonnier de Québec. Voilà qui explique le pourquoi de l'association des noms «LEVRARD-BECQUET» pour désigner notre seigneurie. Leur fils Charles, marié à Cécile Thomur, deviendra notaire à Batiscan, et vendra à son tour à Charles-François Tarieu Lapérade de Lanaudière, fils de la célèbre Madeleine de Verchères, laquelle était seigneuresse, avec son mari, du fief voisin, celui de Lapérade. Les premiers articles touchant notre paroisse sont donc consignés dans les registres de Batiscan et Saint-Anne-de-la-Pérade, qui ouvrent en 1682 et 1693; pendant que ceux de Saint-Pierre-les-Becquets n'ouvriront qu'en 1735. Mais une si longue période sans seigneur « occupant » avait laissé Gilles Masson, puis son fils Pierre, tous deux de la rive nord, toute liberté d'aider leurs colons à prendre possession et défricher ce vaste territoire brodé de côtes rébarbatives, et c'est probablement le fils Pierre qui laissera son nom à la seigneurie. Ce n'est qu'en 1708 que l'intendant mettra fin à ces « squatteurs » illégaux et le poursuivra sans relâche devant les tribunaux. Lévrard avait le bras long, et son épouse avait hérité ce côté belliqueux et procédurier de la célèbre Madelon.

Une première chapelle sera donc érigée en 1731, mais ce sont des missionnaires, puis des desservants, qui exerceront les fonctions curiales d'une paroisse à l'autre, inscrivant baptêmes, mariages et sépultures sur des feuilles volantes... L'aveu et dénombrement, obligatoire à tout seigneur, inscrira tous les censitaires de Louis Levrard et ne stipulera d'abord que quelques arpents de terre défrichée, un moulin à eau faisant farine et quelques maisons, dont celles d'un LaNeuville, François Brisson, Grenier et Houle.

La fille de Lanaudière, Marie-Anne, épousera François Baby, lequel fera construire le manoir Les Becquets, que l'on trouve encore à proximité de l'église d'aujourd'hui.

En 1755, lorsque Simon Roux quitte sa France natale, c'est là-bas la naissance de Marie-Antoinette qui sera décapitée par ses pairs en 1793. En littérature, c'est le décès de Montesquieu et une tragédie secoue Lisbonne d'un tremblement de terre qui fera 30 000 morts.

Simon Roux arrivera à Saint-Pierre-les-Becquets en 1760, cette seigneurie de la rive droite du fleuve comprenant deux lieues entre Deschaillons et Gentilly. L'intendant Bigot en a déjà fixé la profondeur et quatre concessions sont déjà occupées par les censitaires. Un recensement daté de 1761, commandé par le gouvernement de Trois-Rivières, donne une liste précise des occupants de 1760 à mars 1762.

VOICI CETTE LISTE : Simon Roux y figure avec sa femme et un enfants, et François Poudrier (père de son épouse Louise Lemay-dite-Poudrier) y figure aussi. Le camarade Harmond est déjà installé sur sa terre et Simon Roux achètera la maison de Guillaume Bertrand. Michel Mailhot, son futur voisin, occupait le poste de capitaine de milice, lequel laissera une longue descendance, dont Élisée Mailhot, un patriote de 1837...Lorsque Simon Roux décède, le 30 novembre 1801, c'est le jeune curé Joseph Dorval qui est en poste. Dorval est un curé malade qui dessert à la fois Deschaillons et Saint-Pierre-les-Becquets. Aussi, il ne faut pas s'étonner d'un certain désordre dans les comptes, registres et factures de l'époque, puisque le curé Dorval sera rappelé à Québec et y mourra quelques années plus tard.

Un quart de siècle plus tard, soit au recensement de 1825, les Roux ne seront plus qu'une vingtaine d'individus de ce nom sur tout le territoire de la seigneurie. Et c'est en 1875 que Jean-Noël Roux, un descendant de Louis, fera l'acquisition d'une maison au deuxième rang, lequel deviendra le port d'attache de quatre générations de Roux : Jean-Noël, Albert, André et toute sa famille.

Jean-Noël Roux aurait eu une bonne renommée puisqu'il sera «estimateur» pour la compagnie d'assurance MUTUELLE de la paroisse de Saint-Pierre-les-Becquets. Et c'est le frère de sa femme, l'abbé Chandonnet qui, en 1867, rapportera de Rome quelques-uns des tableaux qui ornent notre église.

En parcourant plusieurs livres de comptes classés dans mes archives, je constate que pendant bien des années, peu de Roux signent «Sanschagrin» de façon constante. Est-ce leurs concitoyens qui en ont décidé ainsi et imposent le surnom «Sanschagrin» (ou souvent «Chanchagrin»), lequel nom désigne ni plus ni moins une famille, un CLAN, une habitude, un raccourci qui s'est perpétué, puisque ce surnom de l'armée s'est mué en patronyme «SANSCHAGRIN».Voilà pour mes archives familiales !!!En 1854, c'est l'abolition des Droits et Devoirs Féodaux dans le Bas-Canada. C'est ainsi que le 7 mai 1875, un avocat de Québec, Joseph-Ovide Tousignant marié à Sophie Young, parente par sa mère aux Baby, reçoit du gouvernement canadien, 1 382,51$ en capital et intérêt pour les rentes constituées pour la seigneurie de Lévrard-Becquet. La seigneurie s'est d'abord morcellée en 1874, donnant naissance à Sainte-Sophie-de-Lévrard, puis en 1908, pour détacher Sainte-Cécile-de-Lévrard : laissant ainsi TROIS PAROISSES au lieu d'une.

En 1972, lors du TRICENTENAIRE, nous avons fêté à trois paroisses, puis nous nous sommes dotés d'armoiries dont les meubles représentent nos seigneurs.

La tour d'or : ROMAIN BECQUET
L'étoile d'argent : LES LEVRARD
Le lion d'or : LES BABY
Les trois merlettes : LES LANAUDIÈRE
L'onde d'azur, c'est le fleuve, première route des ancêtres
Le listel blanc, notre devise «DIRE VRAI, FAIRE BIEN» est celle de la famille Baby qui nous a laissé un MANOIR pour la suite des choses.

Parler de Saint-Pierre-les-Becquets, c'est évoquer un paysage grandiose accrochée à ces terrasses où la vie tranquille s'active sur des terres à fort potentiel maraicher à exploiter, mais dont la vie moderne a désormais entamé l'étonnante capacité. Désormais, une polyvalente accueille les jeunes de la région, pendant que le Foyer Romain Becquet s'occupe des gens âgés.


Yoland Allaire-Roux


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