Église de Lotbinière


Une histoire architecturale

Édifice aux couleurs contrastées, l'église Saint-Louis de Lotbinière est la troisième à desservir les fidèles du lieu. La première avait été construite en 1717.

Remplacée dès 1750, l'ancienne église fait place à un édifice de culte considéré médiocre par la population locale. Dès 1816, on commence à parler de reconstruction. L'édifice du début du 19e siècle attire pour sa part le regard.

Son crépi blanc fait ressortir les couleurs ardoise et vermillon respectivement des flèches et de la toiture. Il domine le fleuve Saint-Laurent et sur la toiture la statue de saint Louis semble prendre charge de toute la région.


Le second édifice de Thomas Baillairgé

La carrière personnelle de l'architecte canadien-français Thomas Baillairgé débute à Saint-Joachim, alors qu'il s'occupe de la décoration intérieure. D'abord assistant de son père François, il y termine seul le projet en 1829. À Saint-Louis de Lotbinière, il signe seul, pour la première fois, les plans en 1824. C'est alors son second projet, le premier pour lequel on fait directement appel à lui.

Le gros-œuvre de l'église actuelle avait été entrepris en 1818. Le plan parait tout à fait novateur pour l'époque. La nef suivie d'un transept saillant s'ouvre sur un chœur à chevet plat. On a très rarement choisi, au début du 19e siècle, une telle forme de chevet. Une sacristie s'aligne finalement avec l'espace sacré selon l'axe longitudinal de l'édifice.

La façade devait à l'origine compter un seul clocher surmontant le pignon, mais le curé du lieu désirant une façade à deux tours comme à Cap-Santé de l'autre côté du fleuve (1754-1758) ou à Louiseville (1804), l'entrepreneur en charge du projet, Jean-Baptiste Hébert, doit adapter son plan. L'ensemble est prêt pour la décoration dès 1822.


Des transformations majeures en façade à la fin du 19esiècle

En 1888, il faut restaurer la façade. David Ouellet refait alors les clochers et propose un nouveau couronnement pour la partie centrale. Malheureusement, un ouragan en 1913 implique la reprise en sous-œuvre des deux clochers, que l'on abaisse alors de 4,5 mètres. L'ordonnance générale de la façade n'est pas vraiment modifiée par cette transformation et l'œuvre de Ouellet demeure, encore aujourd'hui, relativement fidèle à la vision de l'architecte.


La révolution de la sacristie axiale dans l'architecture québécoise

La fin du 18e siècle voit apparaitre un changement majeur en architecture religieuse : la construction généralisée des sacristies. Cette innovation, dont Mgr Briand se fit un ardent promoteur, amène une double transformation. D'abord au niveau du plan, puisque, après 1760, l'église s'agrandit d'une annexe en pierre ou en bois, située dans le prolongement du chœur. Ensuite, au niveau du décor, puisque la disparition de la sacristie intérieure permet le dégagement complet du rondpoint. (Luc Noppen, Les églises du Québec (1600-1850), Québec, Éditeur officiel/Fides, 1977, p. 34)

Les retables perdent, à partir de cette période, leur fonction de cloison. Auparavant, tant dans les édifices de plan récollet que ceux de plan jésuite, on plaçait les retables en avancée par rapport à la structure murale en hémicycle de l'abside. Un espace résiduel existait ainsi entre le retable et le mur. On y logeait souvent la sacristie. Dans le premier cas, le retable forme une cloison rectiligne, alors que, dans le second, il reproduit des pans coupés à l'intérieur du chœur.

La présence d'un chevet plat à Lotbinière permet une intégration optimale du décor sculpté. «La nouveauté apparait dans le retable à arc de triomphe intégré à cette architecture intérieure. Il ne s'agit plus d'un retable isolé comme ceux des Levasseur; il fait véritablement partie de l'ensemble qui se poursuit sur les murs du sanctuaire et dans la voûte.» (Luc Noppen, Les chemins de la mémoire, t. I, Québec, Les Publications du Québec, 1990, p. 416).


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